Guinée
Retour sur l'Affaire de Pinè; version du professeur Alpha Condé; suite
- Details
- Published on Sunday, 17 June 2012 11:27
- Written by Barrie K
L'opinion nationale et internationale doit savoir qu'il n'a jamais été dans mes intentions de quitter la Guinée. Je n'avais nullement l'intention de quitter Conakry le 13 décembre 1998, si on n'avait pas arrêté mes militants pour les présenter à la télévision comme étant des mercenaires. Tout le monde a vu cela et Cros a fait deux mois de prison avec ces gens avant qu'on ne prouve que ce ne sont pas des mercenaires et qu'ils n'avaient pas d'armes de guerre. Voilà la véritable raison de mon départ. Tout le reste c'est de la mascarade. D'abord je n'ai jamais mis pieds ni au Liberia, ni en Sierra-Leone. J'ai des amis chefs d'Etat, j'ai des amis politiques chez lesquels je vais, mais il n'a jamais été dans mes intentions de recruter qui que ce soit.
Le RPG est un grand parti qui a des militants déterminés, prêts à se battre. Dans ses rangs, il y a beaucoup d'anciens combattants, il y a des militaires qui sont mis à la retraite de façon anticipée pour des raisons que le gouvernement seul connaît. Il y a beaucoup de gens qui ont quitté l'armée depuis 1993 et qui militent dans le RPG. Ce sont des anciens militaires de très bonne formation, dont certains formés à Cuba. Donc si je veux agir, je n'ai pas besoin des gens de l'extérieur.
Tout le monde sait l'appel que j'ai lancé ; en 1993, j'étais majoritaire à l'élection présidentielle dans tous les camps militaires et lorsque de façon scandaleuse le gouvernement a annulé mes voix alors que tout le monde savait qu'on allait au deuxième tour, j'ai refusé l'affrontement en disant qu'on ne gouverne pas des cimetières. Si je voulais l'affrontement, c'est en 1993 que je l'aurais fait, et tout le monde m'aurait alors donné raison.
Le 2 février 1996, lorsqu'on a essayé de m'impliquer dans la mutinerie des militaires, j'ai dit que je ne bougerai pas de Conakry et je suis resté sur place près d'un an et demi. Voilà la réalité.
Comment le premier scénario a été monté : l’agression extérieure :
A la fin de la campagne, sachant que tous les leaders de l’opposition avaient demandé fermement aux populations de refuser les résultats s’il y a fraude, le gouvernement avait décidé de les mettre tous en résidence surveillée.
Comme en réalité j’étais celui qui était le plus visé, ils avaient décidé de m’arrêter. Le ministre de la Sécurité Sékou Gouréissy Condé et son mentor, Ibrahima Kassory Fofana étaient les plus acharnés.
Kassory Fofana qui se considérait comme le dauphin avant fait une OPA (offre publique d’achat) sur l’Etat et l’administration. Il avait tissé une véritable toile d’araignée sur l’appareil d’Etat. Pour lui, je restais le seul obstacle à ses ambitions.
Aussi, lorsque le Président de la République a demandé que je sois mis en résidence surveillée, ils l’en ont dissuadé en disant que dès que je serais libéré, la Guinée serait envahie et le pouvoir renversé. Ils disaient détenir des preuves irréfutables. Le Président dont le souhait a toujours été de m’éliminer de la scène politique, mieux de m’éloigner même du pays, leur a donné son feu vert.
Il fallait d’abord démoraliser les militants du RPG en me présentant comme un fuyard. D’où ce montage grotesque de prétendu déguisement en marabout. Kassory Fofana, après sa disgrâce avouera que c’est sur son initiative que ce prétendu déguisement a été monté : «Les Malinkés sont très fiers. Si on leur montre que Alpha Condé a fui déguisé, ils auront tellement honte qu’ils vont se détourner de lui.»
Il fallait faire le montage de la prétendue «agression extérieure». D’abord le ministre Gouréissy et ses services vont faire subir des sévices à Monsieur Morifing Sagno, comme ce dernier l’expliquera plus tard à la barre. Le 16 décembre à 4 heures du matin six militaires dont le soldat Aboubacar Camara ont débarqué chez lui et se sont mis à le frapper à coups de crosses et de brodequins. Le soldat Aboubacar a pris une bouteille et l’a frappé au visage. On l’a enfermé en prison ainsi que son frère. Puis après, on l’a jeté dans le coffre du véhicule pour faire les 57 kilomètres séparant Pinè de Lola. Arrivé à Conakry au siège de l’antigang on l’a frappé et jeté en bas de l’escalier, sa tête a cogné le mur.
Après les sévices, le ministre Gouréissy Condé lui a promis de le faire nommer chef de district de Pinè avec en plus la somme de 15.000.000 de Francs guinéens s’il acceptait de dire ce qu’ils vont lui dicter, sinon les sévices vont continuer.
C’est ainsi qu’ils vont procéder au montage des prétendus documents qu’ils auraient trouvé dans mon sac.
Ensuite la capitaine de gendarmerie Manou Cissé va se charger de recruter à Macenta et à N’zérékoré des réfugiés libériens, dont certains étaient en Guinée depuis trois ou quatre ans sinon plus, qu’ils vont présenter comme des ‘’rebelles’’ que j’aurais fait recruter au Liberia pour renverser le pouvoir guinéen.
Quant au lieutenant Lanciné Kéita, arrêté pour trafic de gas-oil au port, il devait témoigner avoir travaillé avec un des rebelles, du nom de Lanciné Touré dit ‘’Lasso’’, pour préparer l’attaque.
Tel était le scénario. Mais très vite il va se révéler un château de cartes. C’est ce qui amènera les avocats de la partie civile à dire au Président de la République que le dossier était vide et ne tenait pas la route. Pour le Président il ne fallait surtout pas qu’il ait honte.
C’est alors que le commandant Mamadouba Soumah, officier d’ordonnance du Président Lansana Conté va entrer en action. Ce sera le deuxième scénario avec l’arrestation d’une quarantaine de militaires malinkés et de quelques civils toujours malinkés.
Le passage à la barre a éclairé le premier scénario.
Madame Manou Cissé, tortionnaire bien connue a fait chercher des jeunes tomamanians qu'elle a fait présenter au commissaire Dieng d'abord, ensuite au juge Mamadouba Kéita, comme étant des rebelles de l'Ulimo qui ont été recrutés par M. Alpha Condé. Mais les témoignages de ces derniers avaient de graves faiblesses. Soit aucun ne m'avait vu, ni rencontré, soit celui qui déclarait m'avoir vu, était non seulement incohérent, mais ses déclarations étaient démenties à la fois par l'ambassadeur de la Guinée au Liberia, Chérif Haïdara et par le chef du contingent guinéen de l'Ecomog, le lieutenant colonel Kerfalla Camara de façon cinglante.
Les deux principaux témoins à charge, Lanciné Touré dit "Lasso" et Bangaly Diabaté dit "Langassa" ne pouvaient donc pas être pris au sérieux.
En effet, Lanciné Touré dit "Lasso", dans son interrogatoire du 17 février 2000 devant la police judiciaire, sous la direction du commissaire Ibrahima Dieng, a déclaré à la page 5 du procès verbal : "A l'approche des élections, dans le climat de suspicion d'alors, j'hésitais à rapporter la nouvelle de la conspiration contre la Guinée ainsi que le fait que Sékou Souapé Kourouma m'a informé de l'arrivée prochaine de M. Alpha Condé au Liberia. J'avoue ne l'avoir jamais vu.
Mohamed Kourouma, alias Déla, interrogé le 1er février 1999 par la police judiciaire a dit "Un samedi soir, j'ai été accompagner Sékou Souapé à l'hôtel Africa Palace pour rencontrer M. Alpha Condé qui est venu ce jour même à Monrovia par un vol Air-Burkina. Moi je suis resté au salon d'attente tandis que Sékou est monté dans la chambre.
Donc celui-là aussi reconnaît qu'il ne m'a pas vu.
Et ensuite, il dit que, une semaine après cette rencontre avec Sékou Souapé, ils ont réussi à s'échapper pour venir en Guinée. ‘’C'est ainsi que, nous nous sommes présentés à Mme Manou Cissé en novembre. Le 15 décembre 1998 «nous sommes retournés à Monrovia sur la demande de Manou Cissé pour aller vérifier l'information relative à la présence de Gbago’’.
C’est ‘’Lasso’’ qui dit qu’il aurait été en mission à Conakry, envoyé par Sékou Souapé Kourouma, pour recruter les complices intérieurs et qu’il aurait travaillé avec le lieutenant Lanciné Kéita. Sa déposition était un point clé de l’accusation. Malheureusement pour eux le lieutenant Kéita viendra avouer à la barre le marché qu’il avait passé avec les autorités pour m’accuser. Il refusait désormais de jouer le jeu. Plusieurs mois avant le procès, le lieutenant Kéita s’était confié à beaucoup de personnes sur sa volonté de refuser désormais le marché conclu.
Dès lors que le lieutenant Kéita refusait de coopérer avec l’accusation et de dévoiler publiquement la machination, le témoignage de ‘’Lasso’’ perdait tout intérêt. C’est pourquoi il demanda au pouvoir de respecter son engagement : lui trouver un visa et un billet pour les Etats-Unis. Ce qui fut fait.
Après Lanciné Touré dit ‘’Lasso’’ le deuxième témoin clé, en réalité le témoin n° 1 était Bangaly Diabaté alias ‘’Général’’ Langassa. Il a été entendu deux fois par la police judiciaire en janvier 1999.
Il y a eu ensuite une confrontation entre lui d’une part avec son excellence l’ambassadeur Chérif Haïdara et d’autre part le lieutenant colonel Souleymane Camara qui dirigeait le contingent guinéen au Liberia à l’époque. Langassa a beaucoup parlé.
1)- D’abord de mon prétendu deuxième voyage à Monrovia qui se serait situé vers fin novembre début décembre 1998 en donnant d’ailleurs des versions différentes. D’abord devant la police judiciaire, il affirme que le Professeur Alpha Condé est arrivé à Monrovia par Air-Burkina un après midi.
«Comme l'aéroport était comble, il a attendu dans l'avion jusqu'à la fermeture de l'aéroport à 17 heures. Le lendemain à son retour l'aéroport était déclaré fermé pour 7 heures, c'était pour lui permettre de repartir sans problèmes. A son arrivée à Monrovia, Alpha Condé était accompagné d'une dizaine de personnes environ dont le chef d'Etat major du Burkina». Devant le juge, par contre, il dit qu'à l'approche des élections présidentielles, Sékou Souapé lui dit que leur grand patron devait arriver. "Nous avons été aussitôt mobilisés à l’aéroport vers 18 heures. L'hôte attendu était Alpha Condé qui a débarqué de Air-Burkina, ensuite conduit chez le Président Charles Taylor, puis chez Mony Kempi. C'est chez Charles Taylor qu'on a procédé aux différentes présentations. Alpha les a remerciés de leur soutien et leur a également promis que si à l'issue des élections présidentielles c'est le Général Lansana Conté qui l'emportait, il va être obligé de sortir du pays pour rejoindre le Liberia en passant par Thio. Ainsi la guerre sera immédiatement déclenchée. Il a aussi insisté sur la mauvaise gestion du pays" etc.
Ensuite ajoute Langassa, "La guerre ne visera pas du tout la population, l'opération est soutenue à l'intérieur par certains militaires et par beaucoup de fonctionnaires. A Charles Taylor d'enchérir qu'il peut faire confiance en nous, comme pouvant soutenir la guerre jusque dans la capitale sans difficultés".
"Nous avons quitté pour une autre entrevue entre chefs. Nous avons accompagné Alpha Condé chez Mony Kempi afin d'obtenir une petite subvention, ce qu'il a fait en donnant $ 2.000. Sur le chemin de retour nous avons rencontré Gnalén Mory et l'ambassadeur de Guinée à Monrovia. Ce dernier nous a donné $ 20 comme pour nous renforcer dans notre conviction. Nous sommes allés boire pour créer une certaine ambiance".
"Le lendemain à 6 heures du matin nous sommes allés accompagner Alpha Condé à l'aéroport où Air-Burkina l'attendait. Il devait passer par la Côte-d'Ivoire pour venir en Guinée pour la campagne électorale".
Toujours devant la police judiciaire pour prouver qu’il aurait vu le commandant Gbago, il donne une autre version : «Il est de taille moyenne, un peu moins grand que moi, corpulent, des fesses proéminentes et de teint intermédiaire. Pendant son accolade avec Alpha Condé et lorsqu’il a ôté son bonnet que j’ai constaté qu’il avait la chevelure grisonnante et était coiffé de près ; cependant je ne peux pas préciser s’il était chauve ou non. Il était dans un ensemble trois poches. Son allure indiquait que c’est un chef…
Je précise que cette rencontre a eu lieu à l’occasion d’une réunion programmée par Alpha Condé qui voulait connaître physiquement les commandants des différents fronts et les rassurer que l’opération aura bien lieu et les moyens suivront…
Il faut également préciser que le Président Charles Taylor était présent à cette réunion qui avait eu lieu à sa résidence. A ses côtés, il y avait le ministre de la Défense, le ministre des Affaires Etrangères, le ministre des Transports et le chef d’Etat –major des armées».
C’est le même qui dira encore, toujours devant la police judiciaire : «Après la réunion, Alpha Condé s’est rendu directement pour s’embarquer à bord de l’avion Air-Burkina pour une destination que je ne peux préciser, bien que j’étais présent à l’aéroport.»
Encore une autre version : «A son arrivée à Monrovia, Alpha Condé était accompagné d’une dizaine de personnes environ dont le chef d’Etat-major du Burkina-Fasso».
2)- Voyage de Mosquito et de Sékou Souapé Kourouma à Paris
«De retour à Monrovia, je me suis rendu chez Sékou… j’ai rencontré des personnes qui m’ont informé de son départ à Paris» (déclaration à la police judiciaire).
«Je suis resté à Monrovia après avoir recruté certaines personnes mais Sékou Souapé et Mosquito avaient voyagé sur Paris. A leur retour ils sont venus avec cinq ou six pick-up Toyota qui devaient être destinés à l’opération» (déclaration devant le juge).
«Après la réunion, Alpha Condé s’est rendu directement à l’aéroport pour s’embarquer à bord de l’avion Air-Burkina pour une destination que je ne peux pas préciser, bien que j’étais présent à l’aéroport. Ce jour, Mosquito s’est envolé avec Alpha et est revenu plus tard avec dix pick-up dont cinq sont mis en réserve au niveau du Président Taylor».
A SUIVRE
Première partie : Retour sur l'Affaire de Pinè; version du professeur Alpha Condé, et du préfet de l'époque Alpha Mory Condé






